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13 mars 2009
Prédire l'avenir avec certitude est évidemment impossible.
Cependant analyser les données qu'offrent l'actualité et essayer de voir dans quelle direction se dirige le chemin, est possible, en sachant que des événements imprévus peuvent, chaque jour, survenir et changer la perspective.
Nous avons demandé à Jean-Pierre Fraichot de nous faire partager son regard.
Mathématicien et Economiste de formation, Jean-Pierre a été expert financier auprès du Ministère des Finances, de l'ONU et de l'INSEE.
Il travaille depuis 25 ans pour diverses grandes institutions financières d'Europe et des Etats-Unis.
Les déterminants fondamentaux de la parité du Dollar :
Le taux de change du dollar dépend principalement du différentiel de croissance économique entre la zone US et les autres zones des pays dévelopés.
L'évolution de la demande de produits financiers en Dollars (actions, Obligations d'Etat) commande directement la parité du Dollar.
Si la croissance est plus forte, la profitabilité des entreprises US sera renforcée, d'où une demande accrue pour les actions US payables en Dollars.
Egalement, les autorités vont remonter les taux directeurs, et l'augmentation induite du rendement des obligations d'Etat, va attirer les investisseurs sur le $.
Il existe d'autres facteurs autonomes.
Ainsi, l'appétit relatif des Investisseurs Internationaux pour la dette Publique Américaine, a un impact notable.
Tant que le déficit est financé par des investisseurs externes, ceci soutient le Dollar, dont la demande augmente.
A l'inverse, lorsque le financement est fait de façon interne, cela à un effet défavorable.
Enfin, toute augmentation du prix des matières premières va accroître la demande de Dollars, car les transactions doivent être réglées dans cette monnaie.
Les évolutions possibles du Dollar
A court terme (d'ici deux mois), les facteurs tels que le succès du refinancement de la dette en USD et le prix des matières premières auront un impact limité.
C'est essentiellement le différentiel de croissance entre les USA et la zone Euro, qui va être prépondérant:
1) L'économie Européenne est en très fort ralentissement…….
Le dernier chiffre de la production industrielle en France, paru cette semaine, est très mauvais.
La prévision de la banque de France d'une baisse du PIB de 0.6% en France, au premier trimestre 2009, parait optimiste.
Je dirais personnellement que l'on va plutôt être proche de -1%.
2) Il faut s'attendre à des chiffres similaires en Allemagne…..mais elle n'a pas encore ralenti aussi fortement que les autres économies.
Si les chiffres de la croissance en Zone Euro sont très mauvais, cette dernière n'a pas (encore ?) vu sa croissance se ralentir autant que celle de la zone US.
Ceci se voit par le biais de l'évolution du solde des échanges extérieurs (balance commerciale), qui s'est fortement détérioré.
Cela dénote ce que les économistes appellent « un décalage conjoncturel » ou la demande intérieure Européenne (Ménages, entreprises, Administrations), continue à croître plus fortement (ou a décroître moins fortement) que celle de la zone USD.
La question est donc de savoir si l'économie Européenne n'a pas encore subi l'impact complet de la crise et pourrait donc encore s'ajuster avec retard, ou si l'économie Européenne est moins exposée que l'économie US car moins dépendante de l'évolution du crédit (Marché immobilier US)
3) Les mesures de soutien tant dans la zone USD que Euro vont finalement atténuer l'effet de la crise
Les autorités monétaires et politiques ont mis en place des moyens énormes pour stimuler la croissance.
Les taux d'intérêt sur les marchés sont descendus à des niveaux inconnus jusqu'ici.
Des mesures de soutien aux banques ont été mises en place, et de nouvelles faillites bancaires, ont été évitées.
Même si les banques ont réduit leur offre de crédit en raison de la crise, un facteur de soutien d'une reprise économique a été préservé.
Les dépenses publiques en part du PIB sont en très forte augmentation, et vont générer du revenu dans l'économie et profiter aux entreprises et aux ménages.
Enfin, baisse des prix du pétrole et de l'ensemble des produits énergétiques (de $140 a $35 pour le prix du baril depuis le début de la « crise ») va générer des gains de pouvoir d'achat liés à la désinflation.
Ces facteurs vont atténuer l'impact de la crise, et préparer une stabilisation, ou une reprise de la demande.
4) Ce qui pose la question de savoir qui des USA ou de l'Europe verra son économie repartir en premier.
Ce mouvement devrait avoir lieu probablement dans la deuxième moitié de 2009.
Il devrait être anticipé par les marchés Financiers, dès que divers indicateurs économiques le suggéreront.
La question finale est en fait de savoir si l'économie américaine, qui a ralenti en premier, ne va pas repartir avant l'économie européenne, ou si l'économie américaine, en raison de sa nature particulière, est exposée à des facteurs très spécifiques (Crédit Hypothécaire, Marché immobilier, endettement et sensibilité au Crédit) qui vont l'handicaper par rapport a la zone EUR, et la maintenir dans une zone de croissance molle.
Quoi qu'il en soit, il faudrait une série complète d'indicateurs positifs pour persuader les marchés que les choses s'améliorent.
Il est probable que ceci n'arrivera pas dans les deux prochains mois.
5) Conclusion : A priori, nous ne devrions pas avoir d'informations décisives sur les deux prochains mois, en termes de décalage de croissance entre la zone Euro et la zone US.
Une plage de variation de 1.25/1.35 pour la parité EUR/USD apparaît donc comme la plus vraisemblable.
On n'est pas non plus dans un scénario de panique sur le dollar.
Un tel scénario surviendrait dans le cas d'une nouvelle et forte détérioration de la situation aux Etats-Unis, ou si une crise de financement de la dette américaine survenait.
A un horizon plus lointain, c'est en fait l'ordre dans lequel s'effectuera l'arrêt de la dégradation, puis la reprise éventuelle de la croissance qui va donner le sens de l'évolution EUR/USD.
Dans le scénario ou la reprise US se manifeste avant la reprise Européenne la hausse USD/EUR sera tendancielle et continue.
Dans ce scénario de « reflation » (oppose au terme Déflation), tant l'évolution du prix des matières premières et la dette américaine contribueraient favorablement, une meilleure croissance, augmentant les recettes fiscales et diminuant le déficit budgétaire.
Au contraire en cas de mauvaises nouvelles sur l'économie américaine (Croissance, dette) la baisse devrait être plus brutale, en raison de l'effet cumulatif du financement de la dette.
En définitive, il convient d'observer avec attention toutes les informations à venir sur les prochains mois, permettant d'établir un diagnostic sur l'évolution du différentiel de croissance entre les USA et L'Europe.
Il faudrait une série complète d'indicateurs allant dans le même sens pour persuader les marchés du sens de cette évolution.
Gardons un œil attentif sur ces chiffres à venir
A bientôt
Le 19 mars
Voici une news importante: la FED se met à acheter massivement des bons du trésor et des treasury notes.
Ce qui n'était pas nécessairement anticipé.
On est donc dans le cas indiqué dans l'article où le financement de la dette US se fait en interne ce qui est défavorable au $.
On est à 1.37. Le dollar a perdu 5% après l'annonce de la FED.
Si la FED renforce son action on va se diriger vers 1.40
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